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dimanche 7 août 2011

L'Ouest canadien et américain

L'Ouest

Le projet

Un voyage est toujours un moment spécial dans une vie. Un premier voyage l’est d’autant plus. J’avais dans ma jeunesse visité quelques endroits durant les vacances familiales, mais mon voyage dans l’Ouest était mon premier vrai voyage. Avec un ami seulement. En fait, je devrais dire avec un ami et ma vaillante protegé 1997 rouillée !

Tout a commencé pendant une soirée où, autour d’un verre, je disais que je souhaitais partir en ‘road trip’ quelques mois plus tard. Un ami (qui n’était pas dans mes amis les plus proches dans ce temps) un peu ivre a levé son verre et m’a dit qu’il viendrait avec moi pour cette aventure. J’étais loin de me douter à ce moment qu’à peine quelques mois plus tard, nous allions partir en terrain inconnu pour vivre une expérience unique. Il avait dit qu’il allait venir avec moi : Nous l’avons fait.

Nous sommes partis pendant les vacances scolaires avec non pas un budget de temps, mais un budget d’argent. Quand j’avais dit à ma mère le montant que nous étions prêts à mettre dans l’aventure et le temps qu’on espérait que ça dure, elle avait tenté de me raisonner pour me dire que je manquais de réalisme. « Tu devrais peut-être te concentrer sur la visite de l’Ouest canadien au lieu de vouloir voir la Californie aussi ». Qu’à cela ne tienne, nous sommes partis à la fin mai 2004 avec 1200$ de budget, déterminés à ce que le tout dure le plus longtemps possible !

La logistique

Évidemment, pour faire un voyage avec un budget aussi limité, il faut se débrouiller. Pas question d’aller au restaurant (sauf pour nos anniversaires respectifs (dans des buffets chinois pour manger le plus possible par rapport au prix payé!)), pas question d’hotels, pas question d’activités dispendieuses... En fait, pas question de luxe. Il se trouve qu’avec un peu d’organisation, tout est possible. Nous avons installé un matelas de chute d’escalade (crash pad) dans l’auto, nous avons découpé des rideaux en tissu pour les fenêtre et mis des pares-soleil dans les vitres avant et arrière. Le résultat = Nous dormions bien sur le dos ou sur le côté et il était impossible pour quelqu’un à l’extérieur du véhicule de savoir que nous étions dans l’auto. Avec une installation aussi solide et un atlas CAA qui indique tous les ‘rest area’ sur la map, nous n’avions même pas besoin de campings pour dormir !

Pour ce qui est de la nourriture, nous nous sommes abonnés à toutes les chaînes américaines qui offrent des rabais au membre et nous avons mangé ce qui était en rabais dans les épiceries pendant tout le périple. C’est toujours payant de ne pas être difficile au niveau alimentaire.

Au niveau des activités, c’était la partie la plus facile parce que ce qui nous intéressait, c’était l’escalade, la randonnée et le volleyball de plage. En gros, des activités gratuites.

Nous avions une boîte sur le dessus de la voiture dans laquelle nous pouvions loger le matériel de camping (peu utilisé finalement). Nous y avons aussi collé plusieurs autocollants que les compagnies d’escalade et de montagne m’avaient donnés. Finalement, sur le panneau arrière de la boîte, il y avait d’inscrit ‘Duct Tape Rules’ en grand avec du duct tape. En gros, dans la vie comme en voyage, if you got a problem, duct tape it.

Petits conseils pour les jeunes (de cœur ou d’âge) qui envisagent un projet de la sorte : Pas besoin de payer pour internet, il y a souvent internet gratuit dans les bibliothèques publiques. Pas besoin de payer pour prendre sa douche, il est souvent possible d’aller dans les douches des piscines publiques gratuitement. Pas besoin de payer pour dormir dans l’auto, les rest area et les stationnements de Wal-Mart sont tout indiqués (mais en subtilité évidemment). Il faut aussi noter pour les plus déterminés qu’il y a souvent de la nourriture gratuite dans les épiceries le weekend (échantillons). Pour les parcs Nationaux, il est beaucoup plus intéressant d’acheter une passe d’accès pour éviter de payer à chaque passage. Finalement, dans le doute (ex : Quand vous dormez au parc de Yosemite et que des rangers armés vous réveillent dans la nuit pour vous dire que vous n’avez pas le droit d’être là), clamez l’innocence !

Vous pouvez nous trouver démesurés dans notre obsession d’économies microscopiques, mais c’est avec une attitude de la sorte que nous avons parcourus 17,000 km en 2 mois pour faire 5 semaines en Californie et 3 semaines dans les rocheuses Canadiennes ! Et le plus beau ? On est finalement revenus sans avoir atteint notre limite de budget : Ce voyage m’a coûté 1,100$ et j’ai eu non seulement des souvenirs qui me resteront pour toujours, mais j’ai été piqué par cette drogue qui rend complètement accroc.  La drogue du voyage.

Le départ

En banlieue de Montréal, sur la rive nord, l’odomètre indiquait 194,000km. C’était le jour 1 de notre aventure. Un mélange d’excitation et d’incertitude nous habitait. Est-ce qu’on avait oublié quelque chose ? Est-ce que notre budget était vraiment irréaliste ? Est-ce que nous allions bien nous entendre pendant le voyage ? Est-ce que la ‘nic-mobile’ allait tenir le coup ? Il n’y avait qu’une façon de le savoir alors nous sommes partis. Direction = Arches National Park, Utah.

Pendant la route, nous avions une stratégie de 1 pleins d’essence chacun. Nous roulions environ 14 heures par jour en alternance. Nous nous arrêtions pour souper et dormir seulement. Nous avons donc franchi une grande distance en peu de temps. Il faut dire qu’en écoutant de la bonne musique et en respirant la liberté, le temps prend une autre forme. Au moins, le douanier perplexe qui nous avait demandé où nous nous rendions à partir du poste frontalier nous avait finalement laissé passés. Je ne sais pas si son hésitation venait de son observation de la rouille de la carlingue ou de nos visages de jeunes, mais dans tous les cas, il nous a ouvert les portes de notre aventure.

Les premiers parcs

Après avoir passé Sault Sainte-Marie, nous avons contourné Chicago, puis nous nous sommes rendus à notre première destination dans le Utah. 3 jours de route auront été requis pour s’y prendre, mais le parc des Arches vaut certainement le détour. En plus du fait de permettre de finalement se dégourdir les jambes, nous avons visité les ponts de pierres qui défient la gravité et la raisonnabilité. Le décor de désert ne pouvait qu’ajouter à notre belle impression de l’endroit.

Nous nous sommes ensuite dirigés vers monument valley, le berceau des films westerns à causes des monolithes de roches qui émergent du sol. Cette visite aura été de courte durée quoi que très intéressante.

La prochaine destination était le parc de Mesa Verte où nous avons vu certains des villages des Indiens Anasazi qui vivaient anciennement sur les lieux. La visite était très instructive et les possibilités de photos très intéressantes.

Après un bref passage à Four Corners (l’endroit où 4 états Américains se touchent) où nous avons fait les touristes en payant un prix démesuré pour ce qu’on reçoit (en fait, le prix n’est pas si élevé, mais c’est beaucoup quand on réalise que ce prix est payé aux premières nations simplement pour pouvoir prendre une photo et partir), nous sommes allés vers notre première grande destination, le Grand Canyon.

C’est juste un trou, mais tout un !

J’avais eu la chance d’aller voir ce gouffre immense l’année d’avant avec ma mère, mais on ne s’habitue pas à voir un tel spectacle naturel. Le Grand Canyon est simplement majestueux. De la couronne sud d’où nous étions, nous avons trouvé un point de vue à partir du stationnement et nous avons ‘campé’ sur place. Les paysages de jour avec toute la lumière, de soirée avec les teintes ocres et rouges qui sont rehaussés par la lumière changeante ou au milieu de la nuit avec la lune et les étoiles qui donnent des textures aux parois valent tous la peine à eux seuls.

Nous avons explorés les environs avant de tenter notre chance pour avoir une place au camping dans le fond du trou. Quand on voyage sans horaire et sans réservation, il faut espérer être chanceux pour prendre une des rares places qui sont réservés pour les premiers arrivants le matin. Nous avons mis notre cadran à 6h pour aller attendre en file derrière d’autres randonneurs motivés. Ce que nous avons ensuite réalisé, c’est qu’il n’était pas 6h, mais bien 5h (nous avions fait une erreur avec les fuseaux horaires). Une chance que nous sommes arrivés à cette heure parce que nous avons pris la dernière place disponible au campement sur le bord de la rivière Colorado. C’était notre bonne étoile du voyage qui nous accompagnait.

Nous avons descendu toute l’avant midi du lendemain pour aller monter notre campement. Il faisait beau et l’eau de la Colorado était très froide et rafraichissante. Une nuit dans le creux du Grand Canyon est certainement une belle expérience.

 Le lendemain, nous sommes partis très tôt pour éviter la chaleur du soleil de midi et nous avons remonté sans trop de difficulté. Fait cocasse, quand j’étais allé avec ma mère l’année d’avant, nous avions des sacs de 60L presque remplis avec une grosse tente et tout le matériel. Comme j’avais appris ma leçon en souffrant le lendemain, je ne voulais pas refaire la même erreur une 2e fois. Nous sommes donc partis avec une tente sans double toit, aucun linge de rechange et le strict minimum pour faire notre nourriture (et évidemment, avec beaucoup d’eau). Mon sac de 40L n’était pas du tout rempli et l’expérience en a été d’autant plus agréable !

La plage et la côte

En traversant Phoenix et Palm Springs, nous sommes arrivés à San Diego. C’était à cette place symbolique que nous arrêtions notre course avec le soleil. Nous ne pouvions plus aller plus à l’Ouest, il fallait laisser le soleil continuer sans nous.

C’est avec émotion que nous avons regardé le coucher du soleil, les pieds dans l’eau du Pacifique.

Les jours ont passés et nous avons rencontré des nouveaux amis sur la plage (nous avons passé la majorité de notre temps sur Mission Beach, mais ne manquez pas La Jolla) avec qui nous avons joué au volleyball et d’autres avec qui nous avons fait (en fait, essayé de faire) du surf. Le résultat est que nous pensions passer 2 jours à San Diego, mais nous avons finalement passé plus d’une semaine. La vie Californienne nous a plu instantanément !

Après avoir décidé de continué notre chemin, nous sommes allés vers Los Angeles, où un trafic infernal nous attendait. Nous avons vu les points touristiques (Venise Beach, Rodeo Drive, les étoiles, le Hollywood, le kodak theater, etc) et nous avons décidé de continuer notre chemin. J’y retournerai certainement un jour…

Vient ensuite une ville magnifique qui gagne à être explorée : San Francisco. Le Golden Gate, Alcatraz, les quais, la vieille ville… Vraiment une belle découverte.

Après notre temps dans les villes, nous étions prêts pour un retour à la nature sauvage et aux activités qui nous animent. Les pars Californiens se sont avérés être notre Mecque.

Jouer dehors

En commençant notre visite à Sequoia National Park, nous avons découvert les sages de la forêt, ces arbres gigantesques et imposants qui habitent les lieux. C’est d’ailleurs dans ce cadre que nous avons développé notre goût pour les parties d’échecs. Prendre des pauses peu importe quand on le voulait pour simplement apprécier une bonne discussion ou un combat sur l’échiquier est toujours agréable et notre notion du temps qui s’effaçait rendait le tout d’autant plus délectable.

Nous sommes ensuite allé au Camp 4 de Yosemite pour camper avec les ‘bums’ de la grimpe. Une véritable communauté d’amateurs et de professionnels qui sont tous là pour grimper le plus possible et faire de la slackline (marcher sur une sangle tendue entre deux arbres) pendant les jours de repos. Nous avons notamment croisé Tommy Caldwell et jasé avec les frères Huber qui allaient battre le record de vitesse sur la mythique voie Zodiac le lendemain.

Nous avons exploré le parc, marché au sommet du Half Dome, grimpé les blocs environnants et apprécié la vie. Nous étions bien au point de se demander les deux ce qui arriverait si nous nous accrochions les pieds dans ce parc. Et si on changeait le plan du voyage ? La notion était attirante, mais nous nous sommes mutuellement convaincus de poursuivre notre route pour découvrir de nouveaux trésors.

C’est d’ailleurs ce qui arriva quand nous sommes arrivés à Bishop. Pendant quelques jours, nous avons stationné l’auto et vécu sur le site des blocs pour faire de l’escalade dans le désert avec comme arrière plan des montagnes enneigées. Nous avions déjà trouvé un nouveau coup de cœur !

Après toutes ces découvertes, nous avons roulé le long de la côte de l’Oregon, avons fait de l’escalade sur le bord de l’océan à Arcata et sommes allé voir la vue au sommet du mont St-Helens (qui vaut amplement la peine). Il était ensuite temps pour nous de rentrer au pays, même si nous étions encore loin de notre domicile !

Welcome to Canada !

5 semaines avaient déjà passées et nous arrivons maintenant devant l’unifolié. Un sentiment de retour en terrain connu (le Canada), mais d’aventure et d’inconnu (nous étions à 4000 km de la maison) nous habitait.

Nous avons découvert la magnifique ville de Vancouver et nous sommes allés à Squamish pour faire de l’escalade. Note pour tout grimpeur = Ne même pas penser passer dans la région sans s’arrêter un certain temps à Squamish pour sortir les varappes. Quel bel endroit !

À Squamish, nous avons croisé un Québécois à qui nous avons dit pour être poli que s’il était à Jasper 2 semaines plus tard et qu’on arrivait à se croiser, nous lui trouverions une place dans l’auto pour traverser le Canada avec nous. Nous lui avons ensuite dit aurevoir et sommes allés par la vallée de l’Okanogan vers Banff et surtout, Moraine Lake.

La vue des glaciers et des montagnes dans les rocheuses canadiennes est imprenable. La vie est agréable et les possibilités de randonnées sont infinies. Nous avons seulement passé quelques jours sur le site de Banff alors nous avons grimpé le Helena Ridge (où nous étions les seules âmes qui vivent à des dizaines de km à la ronde) et grimpé Runddle avec des amis du Québec qui nous hébergeaient.  Nous sommes ensuite allés vers le Lac Louise et Moraine Lake, où nous dormions. Cette place est d’autant plus magnifique en fin de journée quand le lac devient un miroir et que les hordes de touristes sont repartis dans leurs autobus de groupe. Un vrai délice.

Nous avons grimpé le mont Temple (qui était un beau défi avec des zones techniques) et nous sommes allé vers Jasper. Sur la route, nous avons, vous l’aurez deviné, croisé le gars de Squamish qui était sur son chemin pour nous rencontrer. Le monde est petit, très petit.

Nous avons donc exploré Jasper avec lui en acceptant la grande hospitalité d’un contact qui nous a ouvert sa maison sans hésitation.

Toute bonne chose a une fin

C’était inévitable. Il fallait un jour que l’aventure se complète et pour cela, il fallait retourner au bercail.

Nous avons décidé de partir et de rouler avec la même technique qu’à notre départ. Nous avons traversé l’Alberta, la Saskatchewan et le Manitoba au travers des champs de moutarde. Le soleil nous envoyait des au revoir dans nos rétroviseurs à chaque soir…

Après avoir finalement traversé l’Ontario (à ne jamais sous-estimer car l’Ontario, c’est grand!), nous sommes arrivés au Québec. Nous avons laissé notre nouveau complice à Montréal et je suis allé retourner mon bon ami à sa maison, le point de départ où tout avait commencé. Comme dans tout voyage, il y aura eu des moments moins faciles, mais de voyager avec cette personne aura été un plaisir absolument immense et une expérience de vie incroyablement enrichissante.

Je suis ensuite retourné chez moi en empruntant un chemin que je connaissais déjà, dans des routes familières, dans cette routine de la vie, mais en étant une nouvelle personne. Le compteur indiquait 214,000km, mais j’avais l’impression d’en avoir fait beaucoup plus dans ma tête et mon esprit. J’étais maintenant accroc au voyage et une question me tracassait… Une question qui je crois traquasse tous les voyageurs…  Where next ?

Vous pouvez aussi visualiser ce texte sur le site de Nic Dumesnil au www.nicdumesnil.com/ouest.html

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